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domingo, 6 de mayo de 2018

UN JOUR DANS LA VIE D’ANDREW, OSTÉOPATHE BIONIQUE


Antonio Ruiz de Azúa Mercadal





Revue L’Ostéo4pattes. Ed. Vetosteo. Revista N°48 (A). Avril 2018.
Traduit de l´espagnol par Patrick Chêne.



Introduction

   Au cours des derniers milliers d’années, l’espèce humaine n’a pas expérimenté de changements corporels notables, et certains peuvent être tentés de penser qu’elle a cessé d’évoluer. L’ingénierie bionique peut nous faire changer d’avis. Grâce aux prothèses bioniques, les chirurgiens sont en train de créer des cyborgs (cyb = cybernétique et org = organisme), une nouvelle génération d’êtres humains constituée d’éléments organiques et de dispositifs intelligents artificiels qui remplacent ou améliorent organes et membres endommagés.


   L’intelligence artificielle, l’ingénierie bionique et Internet ont créé un monde où les frontières entre les êtres humains et les machines ne sont pas bien définies. L’une des causes qui empêchent la fusion de l’intelligence artificielle et biologique est la différence de vitesse de communication entre les humains et les ordinateurs (10 bits par seconde, si nous employons un clavier) et les ordinateurs entre eux (un billion de bits par seconde). Pour compenser ce déphasage dans les vitesses de communication les ingénieurs bioniques essaient de concevoir des interfaces cerveau-ordinateur (modems corticales) qui communiqueront à grande vitesse, sans intermédiaires, du cerveau aux machines.

La première prothèse bionique fut un dispositif cochléaire implanté, en 1957, à un patient affecté d’une surdité profonde. Elle se composait d’un petit microphone placé sur la peau et d’une bobine d’induction à l’intérieur du crâne qui transmettait les signaux acoustiques du microphone directement au nerf auditif.

Après cette première prothèse, l’ingénierie bionique a connu un grand développement. Actuellement, le défi consiste en la conception d’implants corticaux capables de décoder les signaux cérébraux et de les transmettre par radio fréquence à des récepteurs situés dans d’autres parties du corps ou à des prothèses bioniques. Les sociétés de biotechnologie qui développent ces nouveaux objets reçoivent un important soutien financier des grands lobbies économiques. Dans le but d’obtenir les permis nécessaires à l’expérimentation humaine ils prétendent que ces implants cérébraux sont destinés au traitement des maladies neurodégénératives telles que l’épilepsie, la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer, bien qu’il n’échappe à personne qu’ils peuvent être utilisés à des fins moins humanitaires.

L’application de ces implants cérébraux ne nécessitera pas de technologie coûteuse. Il suffira d’injecter avec une seringue dans les carotides de petites puces électroniques qui seront transportées par le sang au cerveau. Ainsi, dans un court laps de temps et sous n’importe quel prétexte, une grande partie de la population hébergera dans son cerveau l’une de ces puces électroniques si controversées.

Une grande partie de la technologie décrite dans cette histoire n’appartient pas au monde de la science-fiction mais est déjà disponible sur le marché. Il existe des vêtements intelligents et des accessoires vestimentaires (wearables) capables de suivre les constantes vitales du porteur et de les transmettre via Internet à des entreprises spécialisées pour leur gestion. En principe, ces données biologiques visent à améliorer la qualité de vie de ses utilisateurs, mais malheureusement, ils sont aussi utilisés à des fins commerciales sans le consentement des personnes concernées.

Le roman d’Isaac Asimov « L’Homme Bicentenaire » (The Bicentennial Man) raconte l’histoire d’Andrew, un robot qui voulait devenir un être humain et, pour y parvenir, il a effectué le remplacement de ses composants mécaniques par des composants biologiques. L’ingénierie bionique suit la même voie, mais dans le sens inverse : elle remplace les organes malades par des prothèses mécaniques.

Les robots peuvent également influencer nos émotions. En 1999, Sony a commercialisé Aibo, un chien-robot qui reproduisait les mouvements des chiens et de la voix humaine. Tel était le degré d’intégration de ces chiens-robots dans certaines familles qui les ont « accueilli », qu’elles en sont venues à leur payer des funérailles shintoïstes quand les robots sont tombés en panne. Comme le prédit le film « Un ami Frank » (Robot and Frank), il viendra un jour où les humains auront recours à des amis-robot pour soulager leur solitude.

   Les technologies informatiques, mécaniques et biologiques nous ont propulsé dans une quatrième révolution industrielle qui est en train de changer notre mode de vie. La première révolution industrielle a commencé avec les machines à vapeur, la seconde avec les machines électriques et les moteurs à explosion et la troisième, la révolution dite numérique, avec l’introduction de la technologie informatique. Finalement Internet, l’ensemble des réseaux de communication informatique interconnectés, aura été le principal déclencheur de la quatrième révolution industrielle. On estime qu’un travailleur sur six a déjà été remplacé par un robot et 45% du reste sera remplacé dans un proche avenir.

De toute évidence, cette quatrième révolution industrielle affectera également l’ostéopathie et nous, les ostéopathes, devront s’adapter à la présence des robots, cyborgs et prothèses bioniques. Cela nous mettra face à des questions que nous n’avions pas prises en compte, telles que : quelles parties des cyborgs devrions-nous traiter comme des êtres humains et lesquelles comme des machines ? Comment les dispositifs bioniques affectent-ils les comportements et les émotions ? Ce sera le moment où chacun d’entre nous devra décider s’il accepte d’intégrer la technologie bionique dans ses traitements ostéopathiques ou s’il la rejette. Savez-vous quelle décision vous allez prendre ?
Le monde d’Andrew.

L’action de cette histoire se déroule en l’an 2034. Notre protagoniste, Andrew, est un jeune ostéopathe bionique qui vit dans l’une des villes de la confédération récemment constituée, l’union des villes créées au cours de la quatrième révolution industrielle.

Ses parents étaient deux ostéopathes pré-bioniques qui ont choisi pour leur fils le nom d’Andrew en l’honneur de deux personnages : le Dr Andrew Still, fondateur de l’ostéopathie, et Andrew, le robot du roman "L’Homme Bicentenaire" (The Bicentennial Man).

Comme la plupart des citoyens de la Confédération, Andrew appartient à la « génération Z » (ceux nés entre 1995 et 2010), une génération dont les membres ont déjà appris à utiliser une tablette avant de savoir lire.

   Les villes de la Confédération sont protégées de la pollution par de grandes voûtes transparentes qui laissent passer la lumière. Rien n’est laissé au hasard à l’intérieur. Les hommes et les machines sont connectés les uns aux autres et au réseau informatique qui contrôle, en tout moment, le grand ordinateur central de la ville.



La toile d’araignée des micropuces (puces-araignées)

Il n’a pas été nécessaire que les politiciens et les dirigeants des grandes sociétés économiques conçoivent une stratégie pour prendre le contrôle de la Confédération. Ce furent leurs propres habitants qui, aidés par leur puce-araignée, qui tissèrent le filet dans lequel ils furent pris au piège. Depuis le début du XXI ième siècle des citoyens de tous les âges et de toutes conditions ont été volontairement séduits par les merveilleuses tentations qu’offre la technologie informatique, sans la remettre en cause pour ses dangers. Les vêtements et les objets connectés apparemment aussi innocents que les jouets munis de micropuces incorporées ont été introduits dans la vie des citoyens jusqu’à ce qu’ils deviennent essentiels. Les espèces et les cartes de crédit ont disparu et les transactions économiques ont été gérées par des micropuces implantées dans le corps. Sans que les citoyens fussent tenus au courant, les données, recueillies par leurs puces-araignées, ont été renvoyées au vaste réseau de réseaux (Internet) jusqu’à ce que finalement l’omniprésent et vigilant « Big Brother » d’Orwell ait pris le pouvoir absolu. Les citoyens ont été piégés par ce « Paradis Virtuel » tissé par cette puce-araignée et ceux qui ont osé se rebeller ont été expulsés des villes de la Confédération.


La toile d’araignée des micropuces 


Pour contrôler les habitants du monde virtuel la Confédération a créé l ’ « Association des psychiatres bioniques, » une spécialité médicale qui a émergé de l’union de la psychiatrie, la psychologie, la neurophysiologie et l’ingénierie informatique. Les psychiatres bioniques ne travaillent qu’avec des machines dans les laboratoires d’intelligence artificielle. Ils n’ont pas besoin d’établir un contact direct avec les êtres humains car, en fin de compte, les émotions et autres fonctions psychiques sont de simples algorithmes mathématiques reprogrammables.

Ce paradis virtuel offert par la Confédération fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. La nuit, ses citoyens dorment paisiblement grâce à l’utilisation de casques flexibles émettant des champs électromagnétiques relaxants. Pour les psychiatres bioniques, le cerveau est un petit générateur électrique qui se compose de billions de neurones dont les impulsions électromagnétiques peuvent être modifiées par l’action des casques.


Micro-puces araignée dans un casque de stimulation magnétique trans-cranienne


Dans la Confédération, la chimie des psychotropes a été remplacée par la physique des rayonnements électromagnétiques. Les psychiatres bioniques n’utilisent pas de médicaments pour traiter l’anxiété et la dépression, mais des casques de stimulation électromagnétique qui produisent la libération d’endorphines et d’autres neurotransmetteurs cérébraux. Il n’y a plus d’addicts (aux produits chimiques externes) mais, au contraire, chaque jour, il y a plus d’addicts aux endorphines cérébrales libérées par l’action des casques. Au début, les casques pouvaient être achetés librement sur Internet mais, pour des raisons politiques, leur commercialisation est actuellement un monopole contrôlé par la Confédération.

Les psychiatres bioniques interdisent de stimuler avec les casques certaines zones du cortex temporal qui déclenchent des expériences spirituelles ; par conséquent, ceux qui veulent en faire l’expérience doivent recourir à des centres illégaux installés dans les banlieues des villes.

   L’utilisation des casques n’est pas sans danger. Bien que les autorités tentent de garder le secret, l’abus de leur utilisation peut entraîner des pertes de mémoire, des hallucinations, des réactions psychotiques et d’autres troubles de la personnalité. On soupçonne même qu’ils soient les responsables du taux élevé de suicides qui se produisent dans la Confédération.


L’Ostéopathie bionique

L’ingénierie bionique a produit des changements importants dans la médecine pratiquée à l’intérieur de la Confédération. Le plus frappant de ces derniers était l’intégration des ingénieurs bioniques dans le traitement direct des patients avec les mêmes pouvoirs que les médecins et ostéopathes bioniques.

Après la fondation de la Confédération, les ostéopathes bioniques ont dû s’adapter aux nouvelles circonstances, abandonnant les anciens principes ostéopathiques du Dr Still. Parmi les premiers ostéopathes bioniques, il est à remarquer la figure de John Martin, le « réformateur » qui a élaboré les nouveaux principes philosophiques sur lesquels se fonde l’ostéopathie bionique, résumés par trois lois:

- Loi sur la hiérarchie des cortico-centrique (le système nerveux contrôle toutes les fonctions du corps) Fonctionnellement, le corps humain est hiérarchisé, le cerveau occupant la position la plus élevée dans la hiérarchie.

- Loi du nerf (principe de la bio-électricité). Le cerveau transmet ses commandes aux tissus à travers les nerfs sous la forme d’impulsions électriques. Lorsqu’un obstacle physique empêche cette transmission, les tissus affectés deviennent malades. Pour rétablir la santé de ces tissus on doit éliminer tous les obstacles qui bloquent la transmission nerveuse ou, si cela est impossible, on doit créer de nouveaux réseaux artificiels (câbles, radio, etc.) pour rétablir la transmission.

- Loi de l’auto-reprogrammation. Les algorithmes qui régissent les fonctions neuronales altérées peuvent être corrigés par eux-mêmes (ils se reprogramment automatiquement). Les traitements ostéopathiques vérifient, sans interférer, la bonne conduite de cette auto-reprogrammation (reprogrammation auto-assistée).

Plus tard, William, un compatriote de John Martin, a intégré les principes de la bionique ostéopathique à l’« ostéopathie cranio-sacrale », et décida de fonder « l’ostéopathie magnétique crânienne » (OMC), une spécialité très appréciée dans la Confédération pour son efficacité dans le traitement des maladies produites par les champs électromagnétiques.

Selon les principes de l’OMC, les impulsions électriques des neurones du cerveau sont transmis par la moelle épinière, dans le sens cranio-sacral, créant des champs électromagnétiques. Les Ostéopathes Magnético-craniaux supervisent à travers les puces implantées dans leurs mains, la circulation de ces impulsions électriques contrôlant l’intensité des champs magnétiques pour éviter de dépasser les niveaux physiologiques.


Franz Anton Mesmer (A Key to Magic & the Occult Sciences, E. Sibley, 1800)


Les praticiens de l’OMC se considèrent comme les vrais ostéopathes parce que, comme ils aiment à le rappeler souvent, le Dr Still avant de créer l’ostéopathie a été magnétiseur (magnetic healer) en utilisant ses mains pour traiter les troubles de champs magnétiques les patients. Les guérisseurs magnétiques ont suivi les doctrines énoncées par le Dr Franz Anton Mesmer, médecin autrichien qui a révolutionné les salles de la noblesse européenne avec ses traitements magnétiques.

Après la réforme entreprise par John Martin et William, la Confédération a définitivement banni la pratique de l’ostéopathie ancienne, pratiquée seulement par des ostéopathes rebelles expulsés des villes.

Malgré les avantages offerts par la Confédération, Andrew n’était pas satisfait de son travail. Une force intérieure l’encourageait à chercher de nouvelles façons de traiter ses patients quand, un jour, dans une ancienne bibliothèque, il a découvert un livre du Dr Still. Impressionné par sa lecture, Andrew a commencé à questionner son travail, exprimant ses préoccupations dans un journal. Voyons ci-dessous ce qu’il a écrit une nuit de l’année 2034.


Le journal d’Andrew

J’ai très bien dormi la nuit dernière. Anticipant mon horaire chargé pour aujourd’hui, avant d’aller au lit, j’ai programmé un sommeil paisible dans mon casque de couchage. Hier, j’ai assisté à une réunion désagréable au sein de l’Association des Ostéopathes Bioniques dans laquelle il a été décidé d’expulser un compagnon qui avait pratiqué de vieux traitements ostéopathiques interdits de la Confédération. J’éprouve de la compassion pour lui, car vivre à l’extérieur de la Confédération entraîne l’interdiction d’utiliser le casque.

Comme tous les matins, après m’être levé, j’ai vérifié au tableau de contrôle de ma maison que les conditions environnementales étaient les plus appropriées pour le fonctionnement des appareils électroniques. Comme prévu, tout était en ordre, car ils sont surveillés en tout temps par le Centre de contrôle de la Confédération.

Le dôme qui couvre la ville nous protège de la pollution mais nous empêche de percevoir les changements saisonniers. Sentir les changements saisonniers est fondamental pour notre santé car il harmonise nos rythmes circadiens. Aujourd’hui, j’ai vérifié sur le panneau de contrôle que nous sommes déjà au printemps, car ils ont programmé l’odeur des fleurs sauvages dans l’environnement. Je suppose que c’est comme ça que devaient sentir les fleurs sauvages avant de disparaître de la surface de la Terre.


A la clinique Isaac Asimov:


Micro-puces araignée dans les mains


Mon Agenda électronique m’a rappelé qu’aujourd’hui que j’avais rendez-vous avec la clinique Isaac Asimov, le centre de reprogrammation de l’Association des ostéopathes bioniques. Encore une fois, j’ai dû mettre à jour le logiciel des micropuces de mes mains pour pouvoir effectuer les traitements de la dernière génération de prothèses bioniques. Quand je me suis habitué au logiciel précédent, c’est devenu obsolète, il faut donc le reprogrammer. Je soupçonne qu’ils profitent de ces reprogrammations pour vérifier dans les micropuces que nous ne pratiquons pas de traitements interdits. Certains collègues ont protesté, sans succès, contre ce contrôle excessif. Quand mon ami Harold a pris sa retraite, il a demandé que les puces soient retirées de ses mains parce qu’il voulait éprouver de nouveau les sensations tactiles naturelles. L’expérience était si désagréable qu’Harold a demandé à être implanté à nouveau. Après tant d’années dans son corps, les micropuces étaient essentielles pour coordonner les mouvements de ses mains. Finalement, Harold a dû admettre qu’il était devenu un cyborg.

En périphérie de la ville des ostéopathes rebelles gèrent des clinique qui aident à se débarrasser des puces électroniques sans laisser de séquelles qui feraient souffrir. Mais Harold ne voulait pas aller vers eux de crainte d’être expulsés de la Confédération.

La clinique Isaac Asimov est assistée par des robots et des images holographiques interactives. Pendant la séance de reprogrammation, j’ai été allongé sur une civière avec un casque et des gants émettant des impulsions électromagnétiques.

C’est la deuxième fois en un mois que je suis allé à la clinique Isaac Asimov. La semaine dernière, je suis allé reprogrammer le logiciel pour les traitements de démagnétisation des patients. Une erreur dans le logiciel avait augmenté mon magnétisme du corps causant des maux de dos.

Au centre d’Ostéopathie Bionique:

Après ma séance de reprogrammation, comme tous les matins, je suis allé au centre d’ostéopathie bionique où je travaille. Dès mon arrivée, j’ai constaté que tous les patients qui étaient dans la salle d’attente aujourd’hui étaient des cyborgs. C’est dommage car j’aime aussi traiter les patients sans prothèses bioniques.

Mon premier patient était un jeune homme avec une lésion de la moelle épinière qui a paralysé les deux extrémités inférieures. Les chirurgiens ont choisi des micro-puces bioniques implantées dans le cerveau et la colonne vertébrale (juste après la lésion). Ils sont reliés entre eux par radio fréquence, de sorte que les ordres moteurs du cerveau atteignent directement les extrémités en évitant la zone lésée. Le patient est très inquiet, et à juste titre, car il sait que tôt ou tard les micropuces du cerveau affecteront ses fonctions cognitives. Jusqu’à ce qu’il ne récupére complètement la mobilité de ses jambes, il aura besoin de l’aide d’un exosquelette. Mon travail consiste à surveiller les mouvements de l’exosquelette afin qu’ils ressemblent autant que possible aux mouvements naturels.


Micro-puce araignée dans le cerveau

Le deuxième patient est venu à notre centre pour un contrôle post-opératoire de sa prothèse oculaire bionique et du modem cortical associé. Il faut un certain temps pour ajuster le logiciel afin de synchroniser les mouvements de l’œil avec ceux de la tête. Souvent, les patients souffrent de douleurs musculaires cervicales pendant cette période d’adaptation. Une autre complication postopératoire fréquente est l’occurrence d’hallucinations visuelles dues à l’incapacité du cortex cérébral à distinguer entre les informations reçues du modem cortical et celles que le patient a déjà stockées dans sa mémoire.

Ce matin j’ai aussi soigné un patient qui avait besoin d’ajuster le logiciel des capteurs de pression de sa main bionique. Pour que les mains bioniques tiennent un objet, il faut des capteurs de pression agissant de la même manière que les propriocepteurs des mains humaines. Ces capteurs envoient l’information par radiofréquence à un modem implanté dans le cortex cérébral qui le transmet directement à la zone corticale responsable des mouvements de la main.

Une fois cette information analysée, également à travers le même modem cortical, les commandes motrices précises sont envoyées à la prothèse de la main.

Peut-être que le patient le plus intéressant ce matin était un homme âgé portant un vieux modèle de prothèse de jambe bionique. Ce qui rendait cette prothèse unique, c’est que ses bornes étaient directement connectées aux nerfs moteurs. Actuellement ce type de prothèse est devenu obsolète puisque les nouvelles communiquent directement avec le cerveau par radiofréquence. Par conséquent, nous effectuons à peine des traitements de manipulation de la colonne vertébrale qui libèrent les nerfs spinaux compressés. Le patient souffrait d’une sciatalgie due à une dégénérescence arthritique vertébrale qui comprime un de ces nerfs rachidiens, nous avons donc décidé de remplacer sa prothèse par une autre plus moderne et un implant cortical associé.

Enfin, le dernier traitement de la journée a été le plus énergique. Le patient est un informaticien qui travaille au Centre de contrôle de la Confédération. Sans aucun doute, c’est l’endroit avec la plus forte concentration de champs magnétiques dans la ville. Ses travailleurs portent des vêtements faits de fibres métalliques qui les isolent des rayonnements externes mais, en contrepartie, empêchent l’élimination des radiations naturelles produites par leur propre corps. Normalement ces radiations d’origine humaine ne sont pas très intenses, n’ayant aucune conséquence sur la santé mais si elles s’accumulent elles peuvent produire des maladies.

Pour démagnétiser ce patient, j’ai placé mes mains sur son corps, comme les anciens guérisseurs magnétiques le faisaient et, grâce aux capteurs des micropuces de mes mains, j’ai localisé les zones les plus électromagnétiques. Après les avoir maintenus pendant un certain temps sur une zone, je les ai introduits dans un dispositif conçu pour décharger l’énergie accumulée dans les micropuces des mains et, encore une fois, je les ai repositionnés sur le patient pour traiter une autre zone aimantée.


Magnetic healer (guérisseurs magnétiques)




Épilogue


Comme chaque nuit, après avoir écrit ses réflexions dans le journal, Andrew se retire fatigué dans sa chambre. Tout au long de la journée, il a attendu avec impatience ce moment pour pouvoir profiter du bonheur que lui offre son casque de couchage.

Les champs électromagnétiques qui l’entourent ont surchargé son corps d’électricité statique, affectant son humeur. Aujourd’hui a été une journée particulièrement troublée. Dans la matinée, il a eu une discussion approfondie avec un ingénieur bionique qui traite les patients comme s’il s’agissait de simples machines. Andrew a essayé de le convaincre, sans succès, que des facteurs affectifs affectent la performance des prothèses bioniques.

Mais ce n’est pas la seule préoccupation d’Andrew. Au plus profond de son esprit, dans un lieu inaccessible au contrôle des casques, il garde vivante son admiration pour l’ancienne ostéopathie des pionniers, celle pratiquée par ses parents. Il comprend qu’il pourrait trouver là une réponse à plusieurs de ses préoccupations. Mais il craint que, s’il était découvert, il pût être expulsé de la Confédération et, surtout, privé du plaisir fourni par les casques. Pour cette raison, et comme chaque nuit, avant de mettre le casque sur sa tête, il se dit : le temps n’est pas encore venu, pas encore …







lunes, 12 de noviembre de 2012

SUR LA ROUTE 66 DE L’OSTEOPATHIE. LE CHEMIN D’ALAIN ABEHSERA


Antonio Ruiz de Azúa  Mercadal

 



Revue L’ostéo4pattes. Ed. Vetosteo. Revista N°16. Mars 2010. France.


Traduit de l´espagnol par Manuela Rangeard D.O.MRO (F).
  

«N’importe quoi est un chemin parmi de multiples chemins. C’est pour cela que tu dois toujours avoir à l’esprit qu’un chemin n’est qu’un chemin; si tu sens que tu ne devrais pas le suivre, tu ne dois le suivre sous aucune condition. Pour avoir cette clarté tu dois mener une vie disciplinée. Tu sauras alors qu’un chemin n’est qu’un chemin. Le quitter ne sera pas un affront ni pour toi ni pour les autres, si c’est ton cœur qui te le dit. Mais ta décision, d’y rester ou de le quitter, doit être libre de la peur ou de l’ambition. Je te préviens. Regarde de près chaque chemin et avec intention. Essaie-le autant de fois que tu l’estimes nécessaire. Après pose-toi une question, à toi seul. C’est une question que seulement un homme très âgé se pose. Mon bienfaiteur m’en parla une fois quand j’étais jeune, et mon sang était très vigoureux pour que je la comprenne. Maintenant oui, je la comprends. Je vais te la dire: ce chemin a du cœur? Tous les chemins sont les mêmes; ils ne mènent nulle part. Ce sont des chemins au milieu des buissons. Je peux dire que dans ma propre vie j’ai parcouru de longs chemins, longs, mais je ne suis nulle part. Maintenant la question de mon bienfaiteur a un sens. Ce chemin a du cœur? S’il en a, le chemin est bon; sinon, il ne sert à rien. Aucun chemin ne mène quelque part, mais l’un a du cœur et l’autre non. L’un fait que le voyage est joyeux; pendant que tu le poursuis tu es un avec lui. L’autre te fera maudire ta vie. L’un te fait fort; l’autre t’affaiblit.» Castaneda (1).


Vers le milieu des années 90 circulait parmi les ostéopathes une légende urbaine sur l’existence en Israël d’un mystérieux ostéopathe appelé Alain Abehsera. Selon cette légende, Abehsera avait développé une nouvelle vision de l’ostéopathie qui transcendait le fait de toucher le patient. A cet époque là cette nouvelle éveilla chez beaucoup d’ostéopathes, moi parmi eux, le désir de connaître un jour un si mystérieux personnage et ses nouvelles propositions.

        Abehsera a été un personnage clé dans la construction de ponts entre l’ostéopathie américaine et européenne. En 1972 il fut cofondateur, professeur et élève de l’école d’ostéopathie ESO- Maidstone dans laquelle il obtint son diplôme en 1975, le diplôme n° 1 de cette école.Ultérieurement, en 1985, il eut le diplôme de médecin à  la Faculté de Médecine à Paris.

Un de ses premiers buts, une fois les études d’ostéopathie finies, fut d’aller aux U.S.A. pour rencontrer les auteurs des Yearbooks de l’Association Américaine d’Ostéopathie. Certains d’eux avaient connu Still et Sutherland, ils étaient d’un âge avancé, donc le voyage ne devait trop tarder.

«Je voulais aussi rencontrer tous ces auteurs qui m’avaient fait rêver. Et surtout, surtout, toucher ou voir ceux qui avaient connu Still. C’était urgent. Ils mourraient tous, je me sentais obligé de toucher la Tradition pour la recevoir et la transmettre.»  Abehsera (3).

Tel un moderne pèlerin des chemins de l’ostéopathie, Abehsera fit entre 1.975 et 1.976 plusieurs voyages aux U.S.A. pour rencontrer Perrin T. Wilson, Howard et Rebeca Lippincot, Beryl Arbuckle, William Johnston, Rollin Becker, Viola Frymann, John Upledger, Irvin Korr, Mitchell Jr., Laurence H. Jones, etc.

Les Etats Unis est un pays jeune qui manque de routes initiatiques comme le chemin de Compostelle ou celui de La Mecque. A leur place, les nord américains ont créé d’autres voies de pèlerinage plus appropriées à leurs valeurs et à leur style de vie. La plus connue d’entre elles est la «Route 66 », appelée aussi «rue principale d’ Amérique» ou «Mother Road». La «Route 66» fut construite dans les années 30 du siècle passé pour relier les côtes est et ouest des U.S.A., elle traverse le territoire où est née l’ostéopathie. Actuellement, parcourir cette route, surtout si c’est en Harley Davidson ou en Corvette, est devenu un parcours initiatique où à la place des ermitages, cathédrales et auberges pour les pèlerins on trouve des anciennes stations d’essence, des vieux cafés, et des motels routiers pareillement emblématiques.

          Grâce à ses entretiens avec les auteurs des Yearbooks, Abehsera connut l’esprit singulier des pionniers de l’ostéopathie, et il se proposa de le partager avec ses compagnons européens. A partir de ce moment et par sa médiation, quelques uns des plus importants ostéopathes américains d’alors, comme Upledger, Jones, Mitchell y Korr traversèrent l’Atlantique pour donner leurs cours en Europe.

Finalement, au solstice d’été de 2.009, et grâce à Pau Dalmau et à ses collègues de la Fundació Escola d´Osteopatia de Barcelona, mon souhait fut accompli.

Abehsera débuta son cours en affirmant qu’il était venu à Barcelonne pour nous montrer l’endroit du chemin où se trouvait l’ostéopathie actuellement. Il était parti de France pour l’Angleterre pour y étudier l’ostéopathie, avait continué ses voyages dans différents pays d’Europe, aux Etats Unis, et en Israël, et finalement, il était retourné en France. Et ce fut en France, pendant une maladie grave, que finalement il se «transforma» en un vrai ostéopathe, c’est à dire un malade des os. Pouvait-il en être autrement?. Celui qui n’a jamais été malade peut-il avoir de l’empathie avec le malade et soulager sa souffrance?. Peut-il connaître la profondeur de l’ostéopathie s’il ne s’est pas «transformé» auparavant en un ostéopathe?

Il ne suffit pas d’avoir une vaste connaissance théorique et pratique dans l’art de l’ostéopathie pour se considérer ostéopathe. Notre capacité intellectuelle et technique peut nous conduire à être des «doctes» et des ostéopathes expérimentés, mais pour atteindre un savoir au delà de la raison et pour pouvoir se «transformer» en ostéopathe il est nécessaire d’avoir vécu l’expérience. La mythologie grecque raconte que le centaure Quiron souffrait d’atroces douleurs à cause d’une blessure incurable d’une flèche. Quiron était le fils d’un dieu, donc un être immortel, condamné à souffrir éternellement. Non résigné devant cette maladie, il commença la recherche d’un traitement pour sa blessure, il découvrit ainsi les secrets de l’art de la médecine qu’il transmit à son disciple Esculape, dieu de la médecine.

De la même manière, déçu par la médicine de son époque incapable d’éviter la mort de ses enfants après une maladie infectieuse, Still commença ses recherches dans d’autres thérapies, et il découvrit l’ostéopathie le 22 janvier 1.874.

Finalement, ce fut aussi sa propre maladie qui poussa Abehsera à chercher un remède pour sa guérison. Il avait reçu des traitements physiques et chimiques propres à la médecine traditionnelle, basée en la matière, sans les résultats escomptés. Et à cause de cela il prit la décision de chercher lui même un remède dans les champs de l’intangible, de l’immatériel. En plus, Abehsera comprit qu’il ne trouverait pas la solution à sa maladie à l’extérieur de lui même, de son «moi», ni même par «l’autre», mais à l’intérieur de lui même. Comme le personnage du roman «L’Alchimiste» de Paulo Coelho, Abehsera avait fait des voyages loin de son foyer à la recherche de trésors enfouis dans de lointains pays pour, finalement, découvrir que ces trésors gisaient sous le sol de son propre foyer.

En tant que croyant pieux, Still croyait dans la bonté de Dieu. Il affirmait que le Créateur avait déposé à l’intérieur de chaque homme les remèdes nécessaires à sa guérison. Grâce à l’ostéopathie ces remèdes pouvaient être activés et on obtenait ainsi la guérison. Abehsera comprit le message de Still et commença la recherche d’une méthode d’auto guérison avec laquelle on n’aurait pas besoin d’une aide extérieure pour avoir accès à ces remèdes.

          Abehsera découvrit qu’un grand nombre de structures corporelles se présentent sous une forme duelle. Par exemple, l’hémisphère cérébral gauche était étroitement relié au droit, le foie au cœur, etc. Les rapports entre le cœur et le foie suivaient des lois semblables à celles du roi et de la reine dans une partie d’échecs; quand on cassait ces lois la maladie apparaissait. Dans ce cas là la fonction de l’ostéopathe était de rétablir les lois afin d’obtenir à nouveau l’harmonie. L’art d’établir la relation entre le roi et la reine, comme le processus alchimique qui produit le rajeunissement; Comme dit Abehsera «nous devons chercher dans le traitement l’élégance et la noblesse».

Mais comment fait-on un traitement ostéopathique? D’après Abehsera, avant de guérir les tissus de ses patients, l’ostéopathe doit rajeunir ses tissus corporels par un procédé d’auto guérison. Aldoux  Huxley écrivait: «Il existe au moins un coin de l’univers que tu peux améliorer en toute sécurité, c’est toi même» (4)

Abehsera et son collaborateur, Michel, proposèrent aux participants du séminaire une méthode de 15 points pour améliorer l’auto conscience corporelle et l’équilibre interne. De manière délibérée, l’ordre d’exécution de cette liste n’était pas établi et chacun pouvait le faire de façon chaotique, sans suivre un ordre. Selon la «Théorie du Chaos», les événements qui suivent des patrons chaotiques sont les plus flexibles, ils peuvent s’adapter à toute circonstance qui se présente, puisqu’ils ont à l’intérieur toutes les combinaisons possibles. Par exemple, grâce aux patrons chaotiques il a été possible la vie sur Terre, car les êtres vivants très spécialisés, dont les fonctions sont établies de façon rigide, ne peuvent pas s’adapter aux changements de l’environnement et disparaissent. Comme  cela arrive de façon récurrente, il ne serait pas étonnant que beaucoup des concepts académiques, rigides et dogmatiques de l’ostéopathie actuelle ne puissent résister à la poussée des idées nouvelles, en apparence plus chaotiques, et ils seront oubliés.

Les nouvelles propositions d’Abehsera éveillèrent parmi les participants du séminaire des opinions contraires. Tandis que certains se montrèrent ouverts et encouragés par son discours, d’autres les mirent en question. Mais personne ne resta indifférent. La capacité d’éveiller des émotions et de générer des débats entre les élèves est une qualité des bons maîtres.

Il y a en ostéopathie des chemins qui traversent des terrains plats et on les fait d’un pas rapide et léger, tandis que d’autres chemins, plus tortueux et escarpés, nous obligent à avoir un pas lent et fatigant.

«L’escalie de l’ostéopathie… est un bel escalier. Dès le départ, on ne sait pas où il vous emmène.

On peut partir à plusieurs mais aucun n’aura les mêmes marches devant lui.

Il est là et nous propose un pas de plus chaque jour. Ensuite le  long de l’ascension on ne sait toujours pas quelle sera la marche suivante, dans quelle direction et quel paysage elle montrera…»  Patrick Chêne (2)

          Les jeunes ostéopathes, les études finies, vont aller sur des sentiers tracés par leurs professeurs, mais avec le temps ils abandonneront les chemins connus et sûrs à la recherche d’autres plus en accord avec leur personnalité. Graham Bell conseillait: «ne marche pas sur le chemin tout tracé, car il te conduit seulement là où les autres sont allés». Beaucoup d’entre eux n’abandonneront pas les sentiers connus de l’orthopédie, c’est-à-dire, de la matière et la structure. Tandis qu’à d’autres, comme Abehsera, leur cœur va les guider sur les champs inconnus de l’intangible. Aucun de ces chemins n’est meilleur que l’autre . Aucun d’eux ne peut s’attribuer le mérite d’être le parcours du vrai sentier de l’ostéopathie, comme Patrick Chêne nous rappelle: «L’Ostéopathie n’existe pas, les ostéopathes eux existent».

Personnellement il m’a été très réconfortant de connaître, enfin, ce «rajeuni» voyageur des routes de l’ostéopathie. Un marcheur qui nous encourage à ouvrir et à parcourir nos propres routes.

         L’ostéopathie est un chemin qui nous rendra heureux si nous le faisons avec cœur…  avec cœur ou avec foie?


NOTE  DE  L’AUTEUR: Abehsera, expert cabaliste, joue avec «foie» et «foi», identiques phonétiquement.

BIBLIOGRAPHIE

1 - Castaneda, C. Las enseñanzas de Don Juan. Fondo de Cultura Económica. México. 4ª reimpresión. 1978.

2 - Chêne, P.  Editorial. Revue L´ostéo4pattes. Ed. Vetosteo. 2009; 12: 3.

3 - Ducoux, B. Yearbook story. Entretien avec Alain Abraham Abehsera, DO. MD. Académie d´Ostéopathie de France. AposStill. 2002; 11-12: 56-66.

4 - Huxley, A. Las puertas de la percepción. Edhasa. Barcelona. 1992.




MYÉLOPATHIE APRÈS MANIPULATION SANS ANOMALIE RADIOLOGIQUE


Antonio Ruiz de Azúa  Mercadal

 
 

 




Revue L’ostéo4pattes. Ed. Vetosteo. N° 13. Juin 2009. France.

Traduit de l´espagnol par Patrick Chêne.
 

SOMMAIRE

La médecine orthopédique est fondée sur des modèles mécanistes antiques qui n’ont pas pu expliquer l’étiologie de 90% des douleurs chroniques de dos. Les études publiées dans les quinze dernières années montrent que beaucoup des lésions des articulations vertébrales diagnostiquées radiologiquement sont insignifiantes et ne sont pas reliées avec ces douleurs. Pour cette raison les protocoles médicaux actuels recommandent de ne pas faire en routine de diagnostics radiologiques aux patients qui souffrent de douleur chronique du dos. Ainsi nous pourrions éviter des interventions articulaires inutiles. D’autres part, dans certains cas, les manipulations vertébrales peuvent produire des myélopathies et autres lésions neurologiques dont la physiopathologie suit les modèles articulaires. Beaucoup de ces lésions passent inaperçues ou se diagnostiquent beaucoup de temps après la manipulation. Pour cette raison on ne les relie pas à celles ci. Dans cet article il est exposé la nécessité d’incorporer le système nerveux dans les nouveaux modèles biomécaniques.
 

LA NÉCESSITÉ DE FORMULER DE NOUVEAUX MODÈLES BIOMÉCANIQUES

La plupart d’entre nous, cela nous devons le reconnaître, adorons nos propres hypothèses, et, comme je l’ai exposé antérieurement, lancer par dessus bord notre hypothèse de prédilection est un exercice de gymnastique, pénible sans aucun doute, mais rajeunissant et salutaire, d’une certain façon cela a le gout d’une course matinale” Konrad Lorenz (26).

Selon la théorie générale des systèmes, le corps humain est un système biologique ouvert qui échange de la matière et de l’énergie avec l’environnement. La plus grande partie de l’énergie qui s’incorpore dans ce système (input) est employée au maintien de ses processus physiologiques (throughput), Alors qu’une petite partie de cette quantité sera dévolue de nouveau pour l’extérieur (output) sans être utilisée.

L’impulsion, le trhust dans une manipulation vertébrale introduit de l’énergie cinétique dans le corps du patient avec l’intention de corriger une dysfonction articulaire. Si les matériaux qui composent les structures du dos étaient complètement élastiques, le trhrust mobiliserait la vertèbre en rendant toute l’énergie cinétique à l’extérieur, sans plus de répercussions. Mais les matériaux biologiques sont viscoélastiques et une partie de cette énergie reste retenue, déformant les tissus les plus fragiles.

La médecine orthopédique reste fondée sur des modèles anciens qui apportent une vision mécaniste de la physiopathologie des lésions dorsales. Il a toujours été donné une importance transcendante au squelette parce qu’il est la partie du squelette qui perdure le plus après la mort. A cela, il convient d’ajouter que les os et les articulations sont les éléments les plus facilement visibles sur les radiographies. Ces dernières étant les éléments de preuves les plus utilisées pour le diagnostic médical en orthopédie.

Pour la médecine orthopédique la colonne vertébrale est l’axe à partir duquel s’organise le dos, pour cette raison les traitements sont orientés vers le rétablissement de la fonction articulaire vertébrale. mais dans la pratique, cette vision mécaniste du corps humain n’explique pas l’origine de 90% des lombalgies chroniques qui restent alors "idiopathiques", d’origine inconnue (27). D’après Kovacs (25), les études publiées dans les 15 dernières années ont démontré que beaucoup des lésions vertébrales observées radiologiquement sont insignifiantes et sans corrélations avec la douleur du dos ressentie.

C’est ainsi que l’on rencontre des images radiologiques d’arthrose chez les patients de plus de 30 ans et qui pourtant n’ont pas de douleur de dos (51), Ce qui démontre que ce n’est pas toujours l’arthrose qui est la cause d’une douleur articulaire.

Berlinson (3) a réalisé une enquête chez 42 spécialistes de médecine manuelle avec la question suivante : Est-il intéressant ou nécessaire de réaliser systématiquement des radiographies avant de pratiquer une manipulation vertébrale? Les résultats de l’enquête révèlent que 43 % des médecins Français ne réalisent pas de façon systématique. Il ont davantage confiance dans le résultat de l’examen clinique et de la palpation. Pour beaucoup d’entre eux les images radiologiques ne donnent pas un diagnostic. De plus le risque vasculaire et radiologique imputable à la manipulation est imprévisible malgré l’examen de la radiologie. Les médecins enquêtés pensent que les radiographies systématiques irradient les patients et sont d’un coup économique inopportun, mais s’ils les réalisent c’est fréquemment pour la seule et unique raison médico-légale.

Pour les mêmes raisons que les spécialistes de médecine manuelles ne demandent pas systématiquement de radiologies avant manipulation l’ " American College of Physicians y la American Pain Society (15) " recommande dans ces protocoles de ne pas pratiquer de radiographies, TAC ou RMN en routine aux patients atteints de lomblagies chroniques non spécifiques.

Selon ces associations, ces examens soumettent les patients à des radiations inutiles et leur résultats conduisent parfois à pratiquer des actes chirurgicaux non indiqués. Le seul motif qui justifie la réalisation d’examens radiographiques est la suspicion de fractures vertébrales.

Si les dysfonctions articulaires visibles aux examens complémentaires ne sont pas la cause de 90% des douleurs chroniques du dos, quelles en sont les origines? De nombreuses causes peuvent être impliquées mais dans cet article nous ne nous référerons qu’à celles produites par augmentation de la tension mécanique du système nerveux (SN). L’existence de pathologies médullaires sans lésions articulaires nous oblige à nous questionner sur la validité des modèles orthopédiques actuels centrés sur l’articulation et à proposer de nouveaux modèles qui prennent en copte d’autres tissus comme le système nerveux.

 
MYÉLOPATHIES CONSÉCUTIVES À DES MANIPULATIONS

Parmi les complications imputables aux manipulations vertébrales on remarque, par leur singularité, les myélopathies postraumatiques non accompagnées de lésions osseuses, discales, articulaires, ou ligamentaires qui, losqu’elles existent ne nous permettent pas de comprendre leur processus physiopathologique.

Un exemple de ces myélopathies suite à manipulation est celle décrite par Morandi (29). Cet auteur reporte le cas d’une patiente qui soufrait d’une paraplégie aiguë des membres inférieurs huit heures après une manipulation lombaire pratiquée par un médecin. la première RMN (résonance magnétique nucléaire)réalisée dans le service des urgences releva l’existence d’un œdème du cône médullaire, sans lésion articulaire ni discale. Dix mois plus tard l’œdème avait évolué en atrophie médullaire lombaire.


 
Image IRM en pondération T2 réalisée le jour de l’admission montrant un hypersignal du cône médullaire (Morandi)

   




 Image IRM en pondération T2 réalisée 10 mois plus tard montrant un cordon médullaire atrophié et hyperintense. (Morandi) 
 


Un autre exemple de ce type de myélopathie suite à manipulation est décrite par Chung (16). Il y est question d’un homme de 46 ans avec des antécédents de paralysie de la VIième paire de nerfs crâniens et d’une névrite rétrobulbaire, qui après avoir subi une manipulation par un "bonesetter" Chinois souffrait d’une tétraplégie subite avec difficulté respiratoire. L’examen de RMN exécuté en urgence revela un oedème médullaire au niveau de C1-C2 avec absence d’altérations articulaires ou discales. Cinq jours après près le traitement pharmacologique le patient pu de nouveau marcher. L’amélioration fut progressive jusqu’à l’apparition, huit mois après la manipulation d’une diplopie subite. La RMN pratiquée à cette occasion révéla que l’œdème cervical avait évolué en une syringomyélie cervicale.





RMN exécuté en urgence. Oedème médullaire au niveau de C1-C2 avec absence d’altérations articulaires ou discales (Chung)


 
RMN huit mois après la manipulation. Syringomyélie cervicale (Chung)


Finalement Chêne a publié divers articles (11) (14) avec plusieurs cas cliniques qui démontrent que des manipulations vertébrales locales peuvent occasionner des lésions dans le système nerveux à distance des zones manipulées. Ainsi Chêne manipula la 4ª vértebre caudale d’un chiot qui avait la queue angulée à 90° mais 48 heures après la rectification de la queue le chiot commença une paralysie musculaire progressive et un enfoncement des yeux dans les orbites.


NEUROBIOMECANIQUE 

Mais, en quelle façon des manipulations vertébrales de peu d’amplitude et de peu d’intensité peuvent affecter la moelle et le cerveau laissant indemne les structures qui les protègent. Dans les trois cas cités, il ne s’est pas produit de lésions articulaires vertébrales, ce qui exclut la force exercée sur ces dernières comme facteur étiologique des lésions médullaires. Mais comme il s’est produit des lésions neurologiques, il est nécessaire de comprendre aussi la biomécanique du Système nerveux (NeuroBiomécanique).

Pour l’étude des dysfonctions neurobiomécaniques nous avons recourt aux investigations en laboratoire et à l’étude comparée des maladies neurologiques qui présentent une tension médullaire élevée.

Toutes les structures anatomiques des vertèbres interagissent comme si elles étaient les maillons d’une chaîne de transmission des forces. Il est difficile de distinguer les propriétés de chacun de ses maillons séparément puisqu’ils agissent à l’unisson, dépendants qu’ils sont les uns des autres. Ainsi, la peau, les fascias, les chaînes musculaires, les tendons, les méninges, la moelle épinière et les autres composants du dos restent en permanence en état de tension-compression (tenségrité, répercutant la force exercée sur les d’eux à tous les autres.

La moelle épinière, un de ses maillons, possède en elle même une tension interne qui apparait pendant la croissance:depuis la période embryonnaire jusqu’à l’adolescence. Il faut se souvenir que la myélinisation du cerveau humain n’est pas finie avant l’âge de 15 ans (41).

La lente croissance de l’axe neuronal (cerveau et moelle épinière)par rapport à celle plus rapide du neurorachis qui la contient (méninges, vertèbres, ligaments, fascias, etc..) entraîne la moelle dans le sens crânial (ascension apparente de la moelle épinière).

C’est ainsi que l’on rencontre le cône médullaire.

- sur l’homme adulte à hauteur de L1

- chez le porc en regard de L5 ou L6

- chez les ruminants à hauteur de L6

- chez le chien en L6 ou L7

- chez le cheval au niveau de S1-S2

- et chez le chat entre L6 et L3

La raison de ces différences de localisation du cône médullaire chez ces différents animaux est inconnue. Sans doute est elle due à une adaptation évolutive de la moelle épinière aux mouvements de la colonne pendant la marche pour chacune de ces espèces.

Les traités classiques d’anatomie présentent une vision statique de l’homme avec la moelle épinière et le filum terminal centrés dans le canal vertébral, épousant parfaitement ses courbes.

Mais cette vision idéalisée de l’anatomie humaine ne correspond pas à la réalité, car l’anatomie est assujettie au mouvement. Par exemple, la longueur du canal vertébral subit des variations de 5 à 9 cm selon que la colonne est en extension ou en flexion (10), cette variation est plus évidente en zone dorsale (de 23 % à 30%) qu’en zone ventrale (de 6,5 à 13 %) (1).

Mais, quelle importance peut avoir la variation de la longueur du canl vertébral avec le mouvement? La conséquence de cette augmentation de longueur du canal vertébral provoque une traction médullaire sans que la moelle logée à l’intérieur augmente de longueur en conséquence (5). Les termes tension médullaire et FTM (force de traction médullaire) sont deux façons de nommer l’effort mécanique intrinsèque auquel est soumise la moelle épinière (40).

Pour amortir les excès de tension la moelle a besoin d’autres structures plus élastiques comme les ligaments alaires et le filum terminale (5) (44). Un moelle dont le filum a perdu son élasticité est une moelle fragile (20). Le filum est si élastique que lors de sa section chirurgicale in vivo il se rétracte instantanément.(38).

Lors d’une flexion du cou à cause de son ancrage sur le grand trou de l’occipital, la moelle est tractée dans le sens céphalique et s’allonge de 10 % (50).

        Les axones de neurones, les racines nerveuses et les vaisseaux sanguins sont plus large et parfois enroulés ou pliés sur eux mêmes ce qui évite que la FTM générée par la flexion ne se transmette intégralement à ces structures (5)(6). L’élongation des vaisseaux sanguins produite durant la flexion réduit le diamètre des artères qui irriguent la moelle (5). En condition normales, la flexion est de faible durée, pour cette raison, l’ischémie est transitoire et ses répercussions passent inaperçues (23), ce qui n’est pas le cas si la flexion est forcée et maintenue un laps de temps plus long. Lors d’une étude réalisée sur des athlètes par Torg (46), la flexion forcée de la colonne vertébrale a produit une neuropraxien transitoire sur 32 d’entre eux.

La gravité de la neuropraxie varie en symptômes d’un simple engourdissement à une tétraplégie transitoire. Sur certains de ces sportifs les symptômes dus à la neuropraxie ont persisté jusqu’à 48 heures. Selon Torg, les anomalies du canal vertébral favorisent l’apparition de ces neuropraxies.

Silver (42) a décrit le cas d’une patiente qui présenta une paraplegie suite à une flexion cervicale forcée et maintenue en position le temps d’une intervention chirurgicale sur la trachée. L’augmentation prolongée de FTM produisit une ischémie médullaire de longue durée qui ne put être récupérée.

Une augmentation de la FTM peut se manifester dans n’importe quelle zone de la moelle sans suivre une cartographie définie. Ceci pourrait expliquer que la flexion cervicale puisse provoquer une douleur en zone lombo sacrée et que la bascule du bassin qui se met en place en levant une jambe puisse produire une cervicalgie (10). Dans les deux cas, l’augmentation de la FTM tracte les racines nerveuses à distance, déclenchant la douleur.

Pou Breig (7) certaines douleurs se produisent par augmentation de la traction sur les structures anatomiques du système nerveux et non par la compression directe sur les nerfs.

Selon Chêne (13) (14), il est possible de palper des tensions caractéristiques sur le dos des animaux qui présentent une FTM élevée. Ces tensions sont-elles produites par la traction sur les racines nerveuses ? Royo (38) a observé durant ces interventions chirurgicales que les patients ayant une FTM élevée ont les nerfs de la queue de cheval relâchée tandis que le filum terminale reste très tendu. En conséquence, l’origine de la tension musculaire dans les maldies neurologiques avec FTM élevée doit sûrement être attribuée à l’irritation neuronale produite par l’ischémie medullaire et non à une traction exercée sur les racines nerveuses.

Pour Garceau (22) y Royo (36) (37) (38) Les courbures de la cyphose, de la lordose et de la scoliose idiopathique racourcissent la longueur du canal vertébral pour se rapprocher de la longueur de la moelle épinière.

Dans la scoliose la moelle parcours en ligne droite un parcours excentrique proche du bord concave des courbes du canal vertébral(33).

En réalisant une RMN, et dans le but de soulager une douleur, on a l’habitude de disposer des coussins sous certaines zones du corps du patient. Or, ces coussins font basculer la tête et le pelvis, augmentent la longueur du canal vertébral et tendent la moelle épinière. Les résultats de myélographie in vivo sur des chiens anesthésiés publiées par Chêne (12) coïncident avec les observations sur cadavre de Breig (7), en ceci que le cône médullaire monte ou descend à l’intérieur du canal vertébral selon le degré de flexion ou d’extension du rachis. La présence sur une RMN d’un cône médullaire bas et d’une moelle linéairement droite ne sont valable pour le diagnostic que si l’on connait la position du patient pendant l’examen.


PHYSIOPATHOLOGIE DES MYÉLOPATHIES POST-TRAUMATIQUES

Les manipulations vertébrales peuvent léser la moelle. Le premier signal de traumatisme médullaire est l’apparition d’un oedème systémique médullaire. Après un certain temps,si l’œdème ne se résout pas spontanément ou à l’aide de médications, l’étape suivante est la nécrose médullaire et ensuite la cavitation syringomyélique (9) (19). ce sont 25 % des myélopathies post traumatiques qui se developpent en cavité syringomyélique dans une période de temps comprise entre quelques semaines et quelques années (jusqu’à plus de 30), dont 10 % sont asymptomatiques (9).

Il existe des facteurs prédisposants à une affection médullaire à une affection médullaire après un traumatisme du rachis. Comme les manipulations peuvent être vues comme des traumatismes, nous allons maintenant examiner ces facteurs :

a) Compression de la moelle épinière

Selon Fujita (21), une moelle dont la FTM est élevée est plus susceptible de se léser quand elle est soumise à une compression latérale. Pour Royo (36), sur les patients dont la FTM est élevée les compressions répétées de la moelle contre les parois osseuses du canl vertébral lors des mouvements du rachis aggravent de façon progressive l’ischémie médullaire.

Dans les myélopathies que nous avons présentées, les radiographies et les RMN écartent les hypothèses de luxation vertébrale, frature osseuses, protrusions, hernies discales, hématmes et autres causes de compressions médullaires.

b) Accident ischémique vasculaire

De nombreuses myélopathies postraumatiques sont produites par embolies qui interrompent de façon brusque l’irrigation médullaire. Naiman (30) cite le cas d’une adolescente qui mourut trois heures après un trauma sur le coccyx. L’autopsie de la jeune fille révéla un infarctus dans le tronc cérébral et dans la moelle provoqué par un embolisme de matériel discal. L’existence d’embolie de matériel fibrocartilagineux a été reconnue trente trois fois dans la littérature médicale (47). Morandi (29), attribue l’origine de l’ischémie du cône médullaire de sa patiente à une embolie fibrocartilagineuse. En réalité une telle hypothèse ne peut être prouvée car le diagnostic de certitude se fait postmortem via un examen histologique lequel ne fut pas réalisé, la patiente ayant survécu.

c) Traction et Torsion de la Moelle Epinière

Une autre cause possible d’ischémie médullaire d’origine traumatique est l’augmentation brusque de la valeur de la FTM. Il faut faire une distinction entre les augmentations transitoires durant les mouvements du rachis et la FTM en permanence élevée de certaines maladies neurologiques.

Comme il a déjà été mentionné antérieurement, la flexion du rachis augmente la longueur du canal vertébral ce qui accroit de façon transitoire la FTM. Sur l’individu sain, cela passe tout a fait inaperçu mais pas chez les patients présentant une FTM élevée. Chez ces derniers, une augmentation de la FTM (lors de la flexion) détériore encore plus une circulation médullaire déjà altérée. Yamada (48) (49), par des expériences sur des chats démontre que des tractions médullaires directes de 2 grammes produisent une ischémie des neurones du cône, tandis que des tractions de 5 grammes provoquent leur nécrose. Fujita (21) a aussi soumis la moelle épinière de divers chiens à des tractions progressives et montré grâce à la mesure des potentiels évoqués une progressive détérioration du fonctionnement médullaire avec une tension croissante.

Un ligament sacro coccygien tendu (de manière traumatique ou constitutionnelle) peut restreindre les capacités d’adaptation de la neurobiomécanique centrale ou périphérique. "With the filum terminale and the piamater restricted at the sacrococcygeal area, there is limitation of functioning within the central nervous system... We can go a step farther and find restriction of the filum terminale of the piamater which surrounds the spinal cord itself and finds its attachment in the coccygeal area. There will be limitation of the normal upward movement of the spinal cord and its perpheral nerve structures during inhalation and downward descent during exhalation.” Becker (2).

Un traumatisme local dans la zone sacro coccygienne peut augmenter la tension dans toute la moelle. Dans le cas du chiot décrit par Chêne (12) la manipulation du de la queue du chien tendit le ligament sacro-coccygien et le filum terminale faisant apparaître des effets à distance. Comme l’affirmait Still (43), une lésion locale peut exprimer sa clinique à l’extrémité opposée du corps :

"If your foot stepped on a cat’s tail, you would hear the noise at the other end of the cat, wouldn’t you?"
 
"Lorsqu’on marche sur la queue d’un chat c’est par l’autre extrémité qu’il miaule.”

Avant de pratiquer une manipulation vertébrale le thérapeute localise la zone de dysfonction articulaire et moyennant des mouvements de flexion/extension, rotation et latéralisation du dos du patient, afin de le placer dans une position qui facilite la manipulation. Ensuite, il met en tension la zone visée (phase de mise en tension)et il réalise une manipulation avec un mouvement rapide et de faible amplitude. La flexion et la rotation de la colonne vertébrale, par elles mêmes, produisent une ischémie transitoire par réduction du diamètre médullaire (5). Mais, si ces mouvements (flexion et rotation) se réalisent de façon combinée et s’ajoutent à une tension préexistante les effets ischémiques s’additionnent et se potentialisent. 

Ni Morandi ni Chung n’étaient présents lors de la manipulation de leurs patients respectifs et, pour cette raison,ne peuvent nous apporter aucune information à propos de leur position au moment de la manipulation. Selon le récit du patient de Chung, le "bonesetter" le plaça en décubitus dorsal et tourna la tête de façon violente dans les deux sens. Le patient que décrit Morandi avait des antécédents de lombalgies et sur les RMN la moelle parcourait en ligne droite le canal vertébral. Ce patient avait-il une FTM élevée susceptible de déclencher une myélopathie après la manipulation?

d) Malformations congénitales

Sous le nom de status disraphicus se regroupent une série de maladies congénitales humaines qui possèdent une FTM élevée (8). Royo (36) (37) (38), se basant sur les études de Roth (34) (35), attribue l’origine de cette dernière à la traction qu’exerce le filum terminale sur le cône médullaire.Un cas extrême parmi ces maladies es le syndrôme du filum terminal "ancré" (Tethered spinal cord). La clinique de ce syndrôme est un tableau progressif d’altérations motrices et sensitives aux extrémités inférieures, douleur de dos et incontinenece urinaire. Le filum terminale de ces patients est court et peu élastique, ce qui empêche l’amortissement des variations de la FTM. Dans ce cas le meilleur traitement est chirurgical et consiste en la résection du filum terminale.

Comme mentionné précédemment, le développement du corps humain est lent, alors que les petits de certaines espèces animales clui-ci est si rapide qu’ils peuvent double ou tripler leur poids et leur longueur en quelques mois. Selon Chêne (11) (12), cette croissance rapide pourrait être responsable de certaines maladies comme l’ataxie cérébrospinale (syndrome de wobbler), des crises épileptiformes, quelques hydrocéphalies,instabilité atlanto occipitale, déformations des courbures vertébrales (cyphose, lordose et attitudes scoliotiques).

e) Alterations de l’élasticité

Les tissus biologiques ont un comportement viscoélastique quand ils sont soumis à une traction. La moelle est d’origine ectodermique, elle est pauvre en éléments élastiques et se comporte comme un matériel viscoélastique (4) (18). Au contraire, le filum terminale et le ligament sacrococcygien sont d’origine mésodermique, riches en fibres élastiques et pour cette raison possèdent une grande élasticité. Tani (44) a démontré que quand le filum terminale du chat est soumis à des "petites" tractions, il revient à sa longueur initiale de manière élastique quand la traction cesse , alors que si la traction est si intense qu’elle fait descendre le cône médullaire, le filum se comporte de manière viscoélastique et reste déformé de manière permanente.

N’importe quelle modification de la composition d’un tissu biologique altère ses propriétés élastiques. La sclérose en plaques ("esclerosis múltiple") se caractérise par une inflammation chronique, de la démyélinisation et un phénomène de cicatrisation du SNC. Kewalramani (24) a décrit des myélopathies après une manipulation chez des patients ayant une scérose en plaques. Par les antécédents neurologiques de son patient, Chung (16) suspectait que celui ci souffrait de sclérose en plaques. Est-ce que son affection fût un facteur déterminant dans le déroulement de la myélopathie?

f) Adherences de l’axe neuronal au neurorachis

De nombreuses interventions chirurgicales sur la colonne vertébrale peuvent laisser des adhérences entre les parois osseuses vertébrales et crâniales, les méninges, le cerveau et la moelle épinière (32). Ces adhérences rendent difficiles le mouvement de l’axe neuronal à l’intérieur du canal vertébral, augmentant la FTM durant les mouvements de flexion du rachis.Pour cette raison, on conseille aux patients qui ont subi une opération du rachisde ne réaliser que des mouvements modérés du dos durant les exercices de réhabilitation(10). Les antécédents du patient de chung pourraient avoir été une arachnoïdite créant des adhérences entre les méninges et les parois osseuses du crâne. Ces adhérences ont-elles pu contribuer à la fragilité de ce patient?

g) Complications chirurgicales

Les meilleures observations des effets de l’augmentation de FTM ont été, sans aucun doute, celles faites lors des rectifications chirurgicales des scolioses au moyen des barres de harrington. Car lors de la scoliose idiopathique il y a un syndrôme de FTM élevée (28) (36) (37) (38). Comme décrit antérieurement, la moelle épinière des patients ayant une scoliose parcourt un chemin excentrique à l’intérieur du canal vertébral (33). La rectification forcée des courbes au moyen des barres de Harrington augmente la longueur du canal vertébral, allongeant brusquement la moelle épinière. Cette élongation se traduit par une augmentation brusque de la FTM avec le risuqe d’ischémie et de nécrose médullaire.
 
 
 
Barres de Harrington
 

Il a ainsi été décrit des cas de tétraplégie poschirurgicale, ou de décès, après la mise en place de ces barres sur des patients scoliotiques. Actuelement les neurochirurgiens écartent de leur patients les malades présentant une FTM élevée ( Arnold Chiari, disrafismos, fixations médullaires basses, malformations vertébrales, syringomyélie, etc.) anvant d’intervenir sur une scoliose.

h) SCIWORA de l’adulte

Pang et Wilberg (31) ont décrit une variété de myélopathie posttraumatiques dans lesquelles on ne peut pas observer d’altération articulaires dans les examens radiologiques. Ils ont appelé ces myélopathies :  spinal cord injury without radiological abnormality (SCIWORA).

La symptomatologie de la SCIWORA se manifeste après l’accident dans une période qui va de 30 minutes à 4 jours. Les SCIWORA sont plus fréquentes chez les adultes que chez les enfants. Chez ces derniers, elles ne constituent que 12% des myélopathies post traumatiques (45). Dans beaucoup de cas les SCIWORA de l’adulte passent inaperçues(45). La colonne vertébrale de l’enfant n’est pas entièrement calcifiée, elle est plus élastique et doit pouvoir supporter plus facilement les traumatismes. Dans les myélopathies après manipulations décrites dans cet article nous n’observons pas non plus de lésions articulaires pour cette raison, nous devrions les classer dans le groupe des SCIWORA de l’adulte.


CONCLUSIONS

Des faits exposés dans cet article nous pouvons extraire les conclusions suivantes

1º Une moelle en tension est une moelle fragile qui peut se léser à la faveur des mouvements du rachis.

2º L’ensemble constitué par:

- le cerveau

- la moelle épinière

- le filum terminale

- le ligament sacro coccygien.

Les méninges possède une tension propre qui participe à la ternségrité globale du dos. Ceci explique que les effets d’une manipulation vertébrale sur le coccyx de l’homme ou la queue d’un animale puisse avoir des effets à distance, parfois très éloignés.

3º La position forcée d’un patient durant une manipulation vertébrale augmente la FTM. Chez les patients qui constitutionnellement possède une FTM élevée, la manipulation doit être considérée comme un facteur de risque.

4º Le fait de ne voir décrit qu’un petit nombre de cas de myélopathies après manipulations doit être attribué au fait que de nombreuse myélopathies post traumatiques sont asymptomatiques ou comme c’est le cas pour la syringomyélie que leur conséquences ne se manifestent que plusieurs mois ou années après le traumatisme.

Pour ces raisons, il est à déconseiller de pratiquer des manipulations vertébrales (incluses celles du coccyx)sur des patients qui présentent des maladies neurologiques, des canaux vertébraux étroits, des cyphose et lordoses prononcées, des scolioses idiopathiques, coccygodinie non traumatiques ou ayant des antécédents d’opération chirurgicales du dos. Dans tous ces cas et des qu’il y a doute il est préférable de réaliser d’autres traitements ostéopathiques dont les mouvements n’excèdent pas en amplitude et en vélocité ce que le patient réalise normalement dans sa vie quotidienne.

Beaucoup des complications des manipulations vertébrales auraient sûrement pu être évitée si l’on avait pris en compte les écrits de (17) :

“Encore une fois, il est évident que la vertèbre dite “en lesión” n´est pas la cause de la condition traumatique ou pathologique : elle en est la victime.”

Les traitements ostéopathiques devraient s’orienter à traiter les causes responsables de la dysfonction articulaire et non la dysfonction qui en est la conséquence (la victime).

Selon Berlinson (3), en médecine manuelle on pratique davantage de techniques sur des tissus mous que de techniques articulaires avec impulsion.

Grâce à l’introduction en ostéopathie de concepts de neurobiomécanique et de tenségrité, progressivement on substitue aux antiques paradigmes structuraux des paradigmes nouveaux incluant les tissus mous et parmi ces derniers le tissu nerveux.
 

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